Trois pommes comme repas, dix kilos envolés : le ticket d’entrée de Victoire Maçon-Dauxerre dans l’enfer du mannequinat n’a rien du conte de fées. Derrière les flashs et le glamour, l’âpreté d’un récit aussi bouleversant que révoltant. Voici le témoignage-choc d’une femme qui a vu, de l’intérieur, les ravages du culte de la minceur.

De la rue aux podiums : un conte de fées qui tourne au cauchemar

À 18 ans, Victoire Maçon-Dauxerre mène une vie d’étudiante ordinaire avant que le destin, ou plutôt un membre de l’agence Élite, ne la repère dans la rue. Une poignée de semaines plus tard, elle franchit les portes du mannequinat, prête à conquérir le monde… ou à s’y perdre. Sollicitée pour shootings et défilés, la jeune femme plonge tête la première dans un quotidien rythmé par les exigences des podiums.

Ce qui ressemble à un rêve vire pourtant rapidement à la spirale infernale : plus de vie sociale, des repas quasi inexistants et la dictature des tailles 32-34 comme horizon indépassable. Victoire se plie alors aux règles du jeu, mais à quel prix ?

Trois pommes par jour : le prix (in)humain de la maigreur idéale

Pour enfiler sans broncher les vêtements minuscules imposés par les maisons de couture, Victoire s’astreint à un régime que même une fourmi accroc au sucre jugerait sévère. Son menu quotidien ? Trois pommes. Pas de dessert, pas d’entrée, juste trois pommes format standard. Poisson ou poulet ? Une fois par semaine, telle une récompense au mérite…

Le résultat est sans appel :

  • Près de 10 kilos envolés en deux mois.
  • Une taille de guêpe (1,78 m pour moins de 47 kilos), mais une estime de soi en capilotade : « Plus je maigrissais, plus je me trouvais grosse », confie-t-elle, lucide sur l’envers du décor.
  • Anxiété galopante, détresse émotionnelle, stress omniprésent… et surtout, l’amorce d’une terrible spirale : « Mon anxiété s’est exprimée dans la nourriture et je me suis imposé les trois pommes, tout en me disant que je reviendrais ensuite à un régime normal. Mais une voix dans ma tête m’en empêchait. »

La pression du « toujours plus maigre » s’avère d’autant plus absurde que, cerise sur le gâteau (interdit), ses photos sont majoritairement retouchées pour… rajouter des formes !

De « cintre » à survivante : des podiums à la salle de bain

Le corps de Victoire ne répond bientôt plus : famélique, elle se décrit elle-même comme un « cintre ». Le choc est total le jour où sa mère la surprend nue, « squelettique », dans la salle de bain : « Elle a vu que j’étais affamée. Elle m’a apporté un poulet rôti que j’ai dévoré en entier », se souvient Victoire sur TF1, dans Sept à Huit.

Ce combat intérieur ne laisse aucune place à la paix :

  • L’anorexie s’installe, puis, lors de l’arrêt du mannequinat, la boulimie prend le relais.
  • Une dépression s’invite, suivie d’une tentative de suicide, qui conduit la jeune femme en clinique psychiatrique.

À ce titre, Victoire le dit sans détour : « On voulait de moi, certes, mais maigre. J’étais belle parce que j’étais maigre. C’était ma seule valeur. »

La renaissance : agir, raconter, et ne plus se taire

Mais il arrive que les récits les plus noirs connaissent un rebond saisissant. Après ses années sombres, Victoire Maçon-Dauxerre parvient à se soigner. Elle reprend ses études à Londres, travaille au Shakespeare’s Globe Theater, puis passe par le conservatoire d’art dramatique, expérience qu’elle juge « thérapeutique » : elle y a enfin pu reconnecter son corps et son esprit.

Aujourd’hui, l’ancienne top model est devenue comédienne. Les téléspectateurs de TF1 la connaissent sous les traits de Vanessa, cheffe cuistot dans la série « Demain nous appartient ». Son engagement ne faiblit pas : elle travaille à l’adaptation cinématographique de son livre autobiographique « Jamais Trop Maigre. Journal d’un Top Model » avec les producteurs de « Vikings », where she played Nissa in season 6. Elle en sera co-productrice et tiendra un second rôle, mais « pas le sien », précise-t-elle à Télé 7 Jours.

Infatigable, Victoire continue aussi d’agir aux côtés d’associations telles qu’Imhotep et les Ateliers Mercure, think tank dédié à l’élaboration de nouvelles politiques de santé.

Face à l’industrie de la mode, elle porte haut et fort ce cri : « On ne peut pas imposer un corps malade en idéal de beauté, c’est criminel. » Son histoire rappelle que derrière chaque cliché photoshopé, il y a parfois une souffrance silencieuse. Alors, la prochaine fois qu’on vous sert une pomme, demandez-vous si ce n’est pas le moment d’en aimer deux ou trois… mais pour le plaisir, pas pour souffrir !

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