Déjà midi ? Et pourtant, sur les pistes de ski françaises, la débandade commence bien avant l’heure du goûter ! Ces derniers hivers, un nouveau phénomène intrigue les stations : les Français quittent de plus en plus tôt les pistes l’après-midi. Un bouleversement timide de nos habitudes de vacances, mais bien réel selon les experts… et ce n’est pas juste à cause du vin chaud !

Moins de ski, mais plus d’activités : la montagne au pluriel

Depuis plusieurs saisons, le temps passé à dévaler les pistes fond comme neige au soleil. À Font-Romeu Pyrénées 2000 – station emblématique ayant vu débuter Martin Fourcade – on constate que le stand de biathlon attire toujours plus de monde, au point d’envisager son agrandissement. Les pistes de ski nordique s’étendent année après année, atteignant désormais 111 kilomètres, soit deux fois la longueur des pistes alpines ! Même constat pour le ski de randonnée, qui voit son nombre de boucles doubler. « Chacun peut pratiquer ici le ski qu’il préfère, voire plusieurs au cours d’une même journée, c’est aussi cela la diversification », confirme Jacques Alvarez, directeur du domaine.

Mais il n’y a pas que le ski dans la vie. À la montagne cette année, ce sont six millions de Français, épaulés par deux millions d’étrangers, qui viendront chercher l’air pur… et pas seulement pour skier. En moyenne, chaque vacancier teste trois autres activités. Selon une étude de Domaines Skiables de France (DSF), leurs favorites sont :

  • La balade à pied (49 %)
  • Les raquettes à neige (29 %)
  • La luge (28 %)

Ces occupations décochent toutes les cases qui font la magie du ski : nature, famille, mouvement… mais sans forcément finir les jambes en compote !

Quand l’expérience détrône la performance

Oubliez la journée marathon : les vacanciers recherchent désormais l’expérience, comme en témoigne le bureau Ozone3 à Font-Romeu, qui propose balades à cheval, sorties en raquettes à thème, VTT, plongée sous glace ou canyoning. Une envie de vivre des moments nouveaux, parfois plus relaxants, parfois plus excitants. D’ailleurs, DSF relève que les activités plébiscitées pour une première fois sont :

  • Les chiens de traîneau (43 %)
  • La motoneige (26 %)
  • Les raquettes (25 %)
  • Les activités bien-être (21 %)

Les loisirs « après-ski » s’installent durablement : 62 % des Français vont au restaurant (72 % chez les moins de 25 ans !), 53 % aiment flâner en station, et 38 % profitent d’activités aquatiques. « Il y a une vraie complémentarité entre le ski et les autres activités, en hiver comme en été », abonde Christophe Lavaut, DG de Val d’Isère Tourisme où un centre aquatique flambant neuf vient d’ouvrir.

Moins d’heures sur les skis… mais pas moins de journées en station

Ce virage du ski sport vers le ski loisir se lit dans toutes les statistiques. Si deux Français sur cinq ont skié ces trois dernières années, seul un tiers en fait vraiment le centre de ses vacances. « D’année en année, les clients skient un peu moins », affirme Jean-Yves Remy, PDG de Labellemontagne. Selon Laurent Reynaud (DSF), le temps effectif passé sur les skis serait passé de six à quatre heures par jour. Rien d’illogique selon Éric Brèche, président du syndicat national des moniteurs : les pistes sont mieux damées, moins techniques, les skis plus accessibles et les remontées mécaniques (désormais cabines fermées et rapides) écourtent le temps d’attente. Résultat : quinze descentes quotidiennes hier, dix aujourd’hui. « On skie sans doute moins longtemps, mais on fait plus de kilomètres et on atteint sa limite physique plus vite », conclut Éric Brèche.

La baisse du niveau sportif des vacanciers n’expliquerait pas ce phénomène, même si la sédentarité du télétravail se fait sentir. « Nous leur proposons des itinéraires de différents niveaux, il vaut mieux que ce soit trop facile que trop dur », analyse Stéphane Delpech-Albrespic, guide à Bagnères de Bigorre. Et comme toutes les pistes ne sont pas toujours ouvertes (coucou Noël !), canyoning, escalade, tyroliennes et autres jeux nordiques prennent le relais.

Manger (bien), faire une pause… et revenir skier le soir ?

Dernier ingrédient de cette nouvelle recette de la montagne : multiplier les plaisirs. Finie l’époque où l’on partait huit heures sur les skis, sandwich dans le sac à dos ! Les pauses photo, les déjeuners soignés dans des restaurants revus à la hausse font désormais partie du rituel. Certains skient moins la journée, mais n’hésitent pas à remonter en soirée, parfois en dameuse ou en motoneige, jusqu’au sommet – avant d’attaquer, qui sait, la lune pleine sur un moonbike électrique, comme à l’entrée du col du Tourmalet.

Pourtant, le nombre de journées passées en station ne baisse pas : le forfait classique reste roi (47 % du total), apprécié pour son tarif attractif et sa journée gratuite. Dans les Trois Vallées, un tiers des porteurs de forfait hebdo ne skient que cinq jours, souvent perché entre météo capricieuse et envie de tester d’autres activités – parfois comprises dans le fameux forfait.

La profession s’inquiète cependant de voir le public vieillir : moins de jeunes (merci la raréfaction des « classes découverte »), le ski jugé trop cher – révélateur d’inégalités générationnelles – mais les stations tentent d’y remédier par des offres piscine, du bien-être, et une diversification qui pourra séduire tout le monde, même si un jour la neige se fait rare.

Conclusion : l’après-midi sur les pistes ? Ce n’est plus la norme. Désormais, la montagne séduit pour son éclectisme, quitte à délaisser quelque peu le 100 % ski. Alors, prêts à troquer vos carres affûtées contre une balade gourmande et un plongeon bien mérité ?

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