Flocons ou gouttes ? Dans les Alpes du Nord, la question ne se pose plus : la pluie remporte la bataille, laissant vacanciers et professionnels des sports d’hiver totalement sonnés. De la vigilance orange à la boue en passant par les remontées mécaniques aux pieds mouillés, Haute-Savoie connaît un Noël pour le moins inédit… et pas franchement blanc.
Météo-France tire la sonnette d’alarme : pluie, inondations et avalanches à la clef
Que les amateurs de sensations fortes lèvent la main : ce week-end de Noël, il en fallait, mais pas sur les pistes ! Depuis vendredi 23 décembre, Météo-France a placé la Savoie et la Haute-Savoie en vigilance orange pour “pluie-inondation”. Les Alpes du Nord font en effet face à un “fort risque de déclenchement d’avalanches au passage de skieurs”. Dans la vallée de Chamonix, d’importantes avalanches ont déjà été observées, histoire de rappeler à tous que la montagne n’est pas décidée à se laisser apprivoiser.
- Pluies diluviennes et températures record : il est tombé 139 mm d’eau en deux jours à Vallorcine.
- La neige déjà très humide fond en profondeur, alimentant le cocktail explosif de glissements de terrain et d’inondations.
Pistes en eaux troubles : stations fermées, vacanciers sur la touche
C’était le week-end rêvé pour chausser les skis… sauf que la météo en a décidé autrement. Plusieurs domaines de Haute-Savoie ont pris la décision de fermer leurs portes, vacances scolaires ou non. La déception fait écho à la pluie, jusque dans les cœurs des vacanciers venus chercher la poudreuse (et qui repartent avec des souvenirs bien humides).
- À Semnoz, la neige manque cruellement à l’appel, les températures flirtent avec la douceur printanière et la station baisse le rideau.
- À Praz de Lys-Sommand, c’est carrément le bas des pistes qui se retrouve sous l’eau ; des remontées mécaniques ont désormais “les pieds dans l’eau”.
- Il a plu jusqu’à 2 400 m d’altitude ! Un fait suffisamment rare pour bouleverser durablement la station.
Châtel : glissements de terrain et télésiège en danger
Située à 1 300 mètres d’altitude, Châtel avait déjà raté son départ : les faibles chutes de neige au début décembre n’avaient pas recouvert l’ensemble du domaine skiable. Les fortes précipitations ont ajouté leur lot de complications : des glissements de terrain ont été signalés, mettant à rude épreuve toute l’infrastructure.
Selon Nicolas Rubin, maire de la commune, le massif d’un pylône de télésiège “a été déchaussé sur un appareil de liaison. Tout est à refaire et cela ne sera pas simple.” Mieux – ou pire – encore : “Le pylône du télésiège a été déplacé de plus de dix mètres de son axe et est maintenu par le câble mis en tension. À chaque instant, le pylône peut glisser,” s’alarme l’élu sur sa page Facebook. Ambiance ! Entre eau, boue et peur de l’accident, la situation semble aussi glissante que les pistes en pleine dégelée.
Des vacances gâchées… et des lendemains qui sèchent difficilement
Dimanche 25 décembre, Météo-France est repassée en vigilance jaune et le retour du froid est attendu pour la nuit suivante. Mais l’espoir de rouvrir les stations fermées d’ici la fin des vacances de Noël reste mince. Tous misent désormais sur le mois de janvier, en croisant fort (les doigts gelés, si possible) pour de nouvelles chutes de neige.
En parallèle, la question de la pérennité du modèle économique de la montagne ressurgit. Certains critiquent le manque de préparation des stations face à l’évolution du climat, pointant du doigt des marges confortables pour certains opérateurs (20% de marge, 200 millions d’euros de bénéfices annuels pour la compagnie des Alpes avec des forfaits +40% en dix ans) et un manque d’anticipation criant. “Les stations n’ont pas préparé l’avenir depuis 20 ans ? C’est leur problème, pas celui du contribuable”, tacle un observateur. “Des emplois menacés ? On a connu des démantèlements bien pires, les édiles doivent assumer leur absence totale de vision.”
Une page se tourne-t-elle pour la montagne savoyarde ? Entre météo improbable et interrogations économiques, une chose est sûre : les précipitations de ce Noël resteront dans les annales. Et si le froid revient, gageons qu’il saura trouver des pistes un peu plus blanches… et moins mouvantes !













