Quand la poudreuse immaculée cache une bombe chimique invisible… Le ski, sport de glisse par excellence, dévale la pente d’un grave problème environnemental bien plus pernicieux que la classique entorse du genou : la pollution “éternelle” des farts fluorés. Plongée, skis aux pieds, dans un phénomène aussi discret que préoccupant, entre descente et contamination durable.

Les farts fluorés : des alliés de la glisse… et de la pollution

Qui aurait cru que derrière chaque skieur amateur ou médaillé olympique, se cachait un pollueur (presque) malgré lui ? Chaque hiver, des millions de paires de skis reçoivent une généreuse couche de fart, censée faire fuser la glisse. Problème : ce précieux onguent contient souvent des substances per- et polyfluoroalkylées, ou PFAS. Leur petit surnom en dit long : « polluants éternels ». Pourquoi ? Leur pouvoir hydrophobe les rend idéalisés pour le ski, mais une fois lâchés dans la nature, ils s’y installent… pour des siècles.

C’est ainsi que saison après saison, sous une neige d’apparence vierge, une pollution sournoise s’accumule. Les PFAS persistent dans la neige, s’incrustent dans les sols alpins et, tel un mauvais locataire, s’infiltrent toujours plus loin dans la nature.

Des études alarmantes : la piste de la contamination

Impossible de se voiler la face : la montagne est sous la loupe scientifique. Une récente étude du James Hutton Institute et de l’Université de Graz, relayée par Slate, a mis en évidence une haute concentration de PFAS dans les sols alpins. Quatorze types de ces substances indésirables ont été repérés, surtout dans les secteurs skiables. La cause directe est désignée : le fart de ski lui-même.

Parmi les experts : Viktoria Müller, co-autrice de l’étude, alerte sur la dureté du problème : ces composés mettront des centaines d’années à se dégrader. Nos flocons actuels pourraient ainsi laisser un héritage toxique aux générations futures… Vive l’éternité, version pollution !

Mais l’ampleur ne s’arrête pas à la piste. The Guardian rappelle que les PFAS colonisent déjà nos textiles imperméables et emballages alimentaires ; pourtant, sur la neige, le scénario est unique : chaque passage transmet sa dose de PFAS à la neige, qui les emmagasine, puis les libère dans le sol à la fonte. Le problème ne s’arrête donc pas au télésiège : il dévale jusqu’aux nappes phréatiques.

Des effets sur l’eau, l’environnement… et la santé

Les PFAS ne sont pas de simples squatteurs de la montagne. Une étude publiée par The Royal Society of Chemistry signale leur infiltration jusqu’aux nappes souterraines, avec menace réelle sur la qualité de l’eau potable. Pire : des traces ont été retrouvées dans des zones reculées, démontrant leur propension inquiétante à voyager bien plus loin que les forfaits journaliers.

Côté santé, le tableau se noircit encore. Certains PFAS sont associés à des risques de cancers, de troubles thyroïdiens ou de perturbation du système immunitaire. Les chercheurs autrichiens notent que travailleurs des stations et faune locale sont particulièrement exposés, avec une concentration relevée dans les sols des zones skiables largement supérieure à la normale.

  • Contamination de la neige, puis du sol
  • Infiltration dans les nappes phréatiques
  • Risques sur la santé humaine et animale
  • Pollution durable sur plusieurs siècles

Contrairement à d’autres polluants qui finissent par se faire oublier après quelques années, les PFAS jouent les prolongations pour plusieurs siècles. Impossible donc de compter sur la patience pour s’en débarrasser naturellement !

De rares solutions et un défi pour l’avenir

La prise de conscience s’organise, mais reste lente. Depuis mars 2023, la Fédération internationale de ski et de snowboard a formellement interdit les farts fluorés lors des compétitions officielles. Bonne nouvelle ? Oui. Solution miracle ? Pas vraiment. Cette mesure limite la pollution sur les pistes de compétition, mais les amateurs et stations touristiques gardent encore la main sur ces produits.

Certaines marques tentent d’innover avec des farts sans fluor. Mais le doute plane : les professionnels craignent de perdre leurs précieuses secondes sur la neige. Par ailleurs, comme le souligne Viktoria Müller, même si l’on bannissait ces produits aujourd’hui, les PFAS déjà présents dans l’environnement resteraient en place pour des décennies.

L’enjeu majeur : réduire l’utilisation des PFAS tout en cherchant comment dépolluer les sols déjà saturés. Mais, pour le moment, aucune solution efficace ne pointe le bout de son nez. Chaque descente, si plaisante soit-elle, poursuit l’œuvre invisible de cette contamination persistante.

Conclusion : Skier, oui, mais conscient ! La montagne offre toujours ses cimes, sa neige et cette sensation de liberté, mais sous la surface, le problème grandit. Si l’horizon n’est pas tout noir, chaque skieur peut participer à la solution en s’informant sur les alternatives moins polluantes et en poussant les marques à innover. La prochaine génération – et la neige – vous diront merci !

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