Là où certains voient de l’eau froide et des méduses, Stève Stievenart voit des défis à relever. À 44 ans, cet aventurier du Nord a fait bien plus que « nager » : il a apprivoisé les flots les plus hostiles, traversé la Manche aller-retour et le Loch Ness, et côtoyé ses peurs en pleine mer… sans combinaison. Mais, avant de devenir une légende du grand bain, Stève n’aimait même pas nager. On vous raconte ce parcours qui prouve qu’il n’est jamais trop tard pour sauter… ou plonger, dans le grand bain de ses rêves.
Un champion, plusieurs vies et une reconversion extrême
Marathonien, ex-champion du monde de jet-ski, pilote de rallye… Stève Stievenart, originaire du Nord, a déjà eu plusieurs existences sportives. Pourtant, il ne se serait jamais douté que sa vie basculerait vers la natation extrême. Il y a cinq ans, le voilà lancé dans une aventure hors-norme : braver les eaux libres les plus rudes.
Mais la véritable mue débute en 2016. Après une séparation douloureuse, Stève sombre dans la dépression. Plus rien ne va. Il ne peut plus payer son loyer et se retrouve à vivre un an dans un hangar sans chauffage. “Ça m’a appris à gérer le froid”, confie-t-il aujourd’hui. Ce fond du trou devient paradoxalement le point de départ d’un rebond spectaculaire : “Je me suis demandé quel était mon rêve. Depuis petit, je regardais, fasciné, ceux qui traversaient la Manche. Au plus bas, je n’avais rien à perdre : je me suis lancé.”
Traversée de la Manche : une métamorphose (au gras de hareng !)
Stève découvre vite que la traversée de la Manche n’est pas une plaisanterie. Plus d’Anglais que de Français osent tenter l’aventure (coucou les traditions !). Il prend alors le ferry direction l’emblématique club de Douvres : “Ça a tout de suite matché avec Kevin Murphy, 73 ans, légende de la discipline. Il a traversé 34 fois la Manche ! Il est devenu un peu mon père spirituel.” À Stève d’expliquer : “Je nageais comme une clé de douze (rires), mais je voulais réussir.” Moins de quatre mois plus tard, il relie Douvres à Calais en 21 heures dans des conditions dantesques. Mais son vrai rêve reste la traversée aller-retour. Objectif : devenir le tout premier Français à réaliser l’exploit, ce qu’il réussit le 12 août 2020.
Les règles sont rudes : « Pas de combinaison. Juste maillot, bonnet, lunettes et vaseline. Impossible de toucher le bateau, même au ravitaillement. » Pour compenser le manque de vitesse, il s’adapte : « Il faut 7 à 10 kg de plus par rapport à son poids de forme. Sinon, le froid gagne toujours, même si tu t’appelles Michael Phelps… » Pour tenir, Stève adopte le régime… du phoque ! « Après dix heures à manger des Jelly Belly et autres délices anglais, j’avais l’estomac en feu. J’ai remplacé par du poisson gras : harengs, maquereaux, sardines… J’ai pris de 63 à 110 kg en quatre ans (record personnel !). Un kilo de poisson par jour avant chaque traversée. Voilà pourquoi les Anglais m’appellent ‘Steve the Seal’ ! »
Batailles mentales, méduses et nuits blanches
Nager des dizaines d’heures d’affilée, ce n’est pas que physique, c’est aussi un marathon dans la tête. Stève a dû apprendre à « ne pas dormir » : aujourd’hui, il tient actif jusqu’à 48 heures, carburant au thé au gingembre frais. Impossible de s’arrêter dans l’eau : « Si je m’arrête, c’est fini. » Alors, il s’entraîne à porter des lunettes de natation jusqu’à 40 heures… au point de dormir six mois avec pour habituer ses yeux ! Exit les douches chaudes : c’est adaptation permanente, à base d’eau froide, histoire d’avoir le mental et le corps qui résistent.
Et niveau bestioles et accidents, il est servi :
- Pris dans un filet de pêche en pleine Manche, la nuit, sans pouvoir appeler à l’aide sous peine d’abandon (fameux stress…)
- En pleine mer, piqué 60 fois par les méduses lors d’une seule traversée.
- Méditation obligatoire, pour apprivoiser la peur : « Je parle aux éléments avant chaque départ. Je leur dis que je viens en ami. Ça paraît fou, mais ça marche ! »
Le Loch Ness et la résilience en héritage
Après la Manche, Stève s’attaque au Loch Ness : 37 km dans une eau noire, sans aucune visibilité. « Tu mets la main, elle disparaît » : ambiance pas franchement plage de sable fin ! La traversée, ouverte depuis 1966, n’a été réussie que par 25 personnes en 55 ans. Il devient le 26e à y parvenir. Stress garanti, surtout la nuit : « Tu es dans le noir total, juste la petite lumière du bateau qui clignote. C’est hyper angoissant. »
Aujourd’hui, bien loin de son année dans un hangar, Stève travaille pour son principal sponsor, Hellio, et collabore avec des scientifiques du monde entier sur des sujets aussi pointus que la résistance humaine dans l’eau ou l’étude de sa flore intestinale. Il tire une vraie leçon de cette aventure : « Je suis la preuve qu’on peut rebondir après avoir touché le fond. » Il sait qu’il inspire : « Je sors grandi, et je sais que ça aide d’autres à reprendre confiance. Quel que soit ton rêve, accroche-toi : le travail paie ! Pour moi, rien n’est impossible. »













