À 98 ans, Marcel Rémy suspend le temps et bouscule toutes les idées reçues sur le grand âge. Preuve vivante que la passion n’a pas d’âge limite (ni de date de péremption), ce Suisse fait chaque semaine la démonstration qu’il demeure un grimpeur admiré de toute la communauté de l’escalade… et bien au-delà !

Un rituel gravé dans le rocher (ou presque)

Chaque lundi matin, un étrange ballet se joue dans un coin paisible de la Suisse : Marcel Rémy, 98 ans au compteur, débarque au volant de sa fidèle Toyota devant la salle d’escalade de Villeneuve, l’une des plus grandes du pays, discrètement posée au-dessus d’un centre commercial. Là, la scène est immuable : il retrouve son fils Claude, enfile calmement ses chaussons et son baudrier, jette un regard expert sur la voie qu’il s’apprête à grimper… et s’élance sans la moindre hésitation ! Oubliez l’idée que les années ralentissent les gestes : ceux de Marcel respirent l’assurance et la précision, comme si la gravité elle-même osait à peine l’effleurer.

Ce rendez-vous hebdomadaire est devenu un rituel, presque sacré :

  • Préparation soignée et concentrée
  • Repérage minutieux de la voie, comme au bon vieux temps
  • Ascension maîtrisée, avec la fierté de l’effort accompli

Quand on lui demande ce qui le pousse encore et toujours vers le sommet, Marcel ne cache pas sa motivation : « Ça me donne beaucoup de plaisir parce qu’il faut travailler, réfléchir, se dépasser, c’est ce qui me convient. »

Le secret d’une longévité verticale ?

Pas de recette magique, mais une philosophie toute simple : « Je viens pour ma santé, c’est la première chose. Je continue pour les muscles, car j’ai remarqué très souvent que si on arrête pendant quinze jours ou trois semaines, on a beaucoup plus de peine pour repartir. Il vaut mieux venir fréquemment. » Coacher ses abdos pour mieux tutoyer les prises, voilà une idée qui fait sourire… mais Marcel en est la preuve éclatante !

L’escalade, pour lui, c’est bien plus qu’un passe-temps : c’est un mode de vie. Dès l’enfance, bercé par les histoires de montagnes, il n’a cessé de rêver d’altitude. Ouvrier aux chemins de fer suisses dans sa vie professionnelle, il consacrait tout son temps libre à arpenter les Alpes. Une passion qu’il a, coûte que coûte, transmis à ses deux fils.

Entre passion, transmission et… caractère bien trempé

Car s’il est un pan de la vie de Marcel aussi solide que le granit, c’est bien la famille. Les souvenirs de son aîné, 68 ans, sont à la hauteur du personnage : « C’était un papa vraiment très dur, avec lui c’était marche ou crève, quelles que soient les conditions. » Mais derrière cette exigence, le feu sacré de la transmission. Résultat : Claude, 68 ans, et Yves, 65 ans, sont aujourd’hui eux aussi des figures de l’escalade.

Dans la salle de Villeneuve, la lumière s’inverse : c’est désormais Claude qui conseille son père, pas peu fier de ce roc familial. « C’est un caractère bien trempé, il est très résistant à l’effort », confie-t-il, admiratif. Et d’ajouter, comme un clin d’œil à l’éternité : « Quand ils le voient, les gens n’imaginent pas du tout son âge, et il n’y a aucun doute qu’il soulève une très grande admiration dans toutes les couches d’âge, même chez les très jeunes. »

Un mirage alpin, une motivation intacte

Certes, Marcel grimpe aujourd’hui surtout en salle, préférant dompter les murs en résine plutôt que les météos capricieuses. Mais ne vous y trompez pas : son esprit ne vieillit pas. En 2017 – il avait déjà dépassé les 94 ans ! – il s’est offert une ascension mythique du « Miroir de l’Argentine », ce ruban de calcaire de 500 mètres qui fait rêver bien des grimpeurs.

Arrêter ? Lui ? « Si j’ai le bonheur de vivre encore et d’être bien, pourquoi pas continuer ? » répond-il avec ce mélange de malice et de sagesse qu’on lui connaît.

Conclusion : l’histoire de Marcel Rémy est le plus bel antidote à la résignation. Que l’on soit féru d’escalade ou simple promeneur du dimanche, une leçon s’impose : rester en mouvement, nourrir sa passion et, surtout, viser toujours un peu plus haut. À chacun sa montagne — elle commence parfois là où on ne l’attend pas !

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