-45°C à vélo : “j’ai senti l’instinct de survie” face à l’extrême en Laponie
Vous pensez que pédaler en hiver relève déjà de l’exploit ? Attendez un peu d’entendre parler d’Arnaud Manzanini… Lui, c’est un cycliste pour qui la Bise, ce n’est pas une chanson mais un adversaire. Son terrain de jeu ? La Laponie, la vraie, celle où le thermomètre s’arrête de rigoler à -45°C.
À la rencontre d’Arnaud Manzanini, aventurier du froid
Arnaud Manzanini, 48 ans aujourd’hui, n’est pas tombé dans la marmite de l’aventure extrême à la naissance. Jeune, il court après un ballon rond jusqu’à ce que la petite reine le rattrape à 19 ans. Niveau élite amateur, s’il vous plaît ! Diplômé d’un DUT techniques de commercialisation, il plonge dans l’immobilier dès 1998 (la prise de risque, déjà…).
Mais le véritable coup de foudre, il le vit à 37 ans après avoir surmonté une hernie inguinale. C’est alors qu’il découvre la célèbre Race Across America (RAAM), colosse cycliste de 4833 km et 60 000 m de dénivelé positif. En 2013, il tente l’aventure avec un ami et boucle ces distances en 8 jours et 15 heures. Deux ans plus tard, c’est en solitaire qu’il inscrit la meilleure performance française, avalant la traversée en onze jours. Depuis, Arnaud n’a de cesse de repousser ses limites, multipliant les expéditions dignes des livres de Jack London.
L’appel du Nord et la morsure du froid
Le projet “North Calling”, c’est le dernier défi d’Arnaud. Boucler 1 000 km et 9 000 m de dénivelé positif à travers la toundra, de la frontière finlandaise au mythique Cap Nord, avec pour seuls compagnons quelques rennes et le froid… La totale.
- Première tentative en janvier 2021 : 800 km, sept jours, routes glacées, et la Laponie suédoise façon banquise mobile, crise sanitaire oblige.
- Retour en janvier suivant pour fêter la liberté retrouvée : cinq jours, 150 à 190 km quotidiens, pour atteindre enfin ce fichu Cap Nord.
La motivation ? Étrangement, la peur : “Tout ça parce que le froid me terrorisait.” Pas du genre à reculer, notre Arnaud préfère foncer vers ce qui lui fait peur plutôt que de rester sous la couette.
L’instinct de survie au cœur de la tempête
Quand on l’interroge sur le ressenti de rouler sous -45°C en température perçue (-33°C déjà à l’affichage, mais le ressenti, c’est autre chose…), il ne fait pas dans la poésie : “C’est agressif. Il n’y a pas grand-chose d’appréciable sur le moment.” Pourtant, la douleur n’est pas vraiment là. C’est une sensation différente, plus animale :
- Instinct de survie : “Tu n’es jamais dans une zone habituelle. Tu ne te demandes pas si tu es en danger, tu veux juste savoir si tu as froid quelque part.”
- Scanning permanent : “Tu scannes chaque cm² de ton corps et de ton matériel. ‘Est-ce que là ça va ? Ici, ça pique ?’ Voilà l’instinct de survie.”
Le signal d’alerte sonne franchement autour des -25°C. À ce stade, la vigilance s’aiguise, la vision se resserre. Plus question d’admirer le paysage, tout se focalise sur l’instant… et sur éviter l’accident technique. “Impossible d’enlever un gant. Si la main reste à l’air libre, dans les deux minutes tu ne sens plus tes doigts.” Bref, le bricolage, ça attendra le retour au chaud.
Du défi personnel à la leçon de vie
Finalement, pourquoi rouler sous des températures hostiles ? “Pour me sentir vivant. Et parce qu’il est possible de le faire.” La philosophie d’Arnaud se résume ainsi : si une porte s’entrouvre, il la franchit — après s’être tout de même renseigné sur la faisabilité, histoire de ne pas finir décoratif dans la neige !
Sa recette :
- Oses les opportunités qui t’enthousiasment, sans attendre demain.
- Prévois des plans A, B, voire C… mais surtout, ne lâche jamais le cap.
- Écoute ton intuition : ce petit imprévu qui te pousse à avancer 70 km de plus un soir pourra te sauver, quand le vent soufflera à 120 km/h le lendemain…
D’ailleurs, North Calling est né d’une “cascade de plans B”. Son projet initial ? Battre le record du tour du monde à vélo en moins de 123 jours. L’analyse des parcours, des heures de préparation, des fonds à lever… et puis, la vie, toujours pleine de surprises. Mais si l’aventure change de cap, elle continue, et toujours au même rythme décoiffant.
Conseil d’Arnaud pour la route : “Si tu peux faire quelque chose, fais-le. Pas demain, pas après-demain. Jamais !” À méditer au coin du feu… ou en gravissant votre prochain sommet.













