Le mystère des requins piégés dans un étang de golf enfin expliqué par les scientifiques
Imaginez-vous en train de perfectionner votre swing sur un green australien, lorsque soudain, un aileron fend la surface tranquille de l’étang du parcours. Non, vous n’êtes pas sur le tournage d’un remake aquatique de Jaws, mais bien au cœur d’un mystère scientifique digne d’un roman d’aventure : l’incroyable histoire des requins-bouledogues, prisonniers, mais prospères, dans un simple étang de golf.
Comment des requins se sont-ils retrouvés bloqués à des kilomètres de la mer ?
C’est dans les années 1990, en Australie, que ce fait divers extraordinaire prend racine. Le Carbrook Golf Club, situé au sud-est de Brisbane et à moins de 10 kilomètres de la côte, est traversé par les rivières Logan et Albert. Comme le rappelle une étude publiée dans la revue Marine and Fishery Sciences, les tempêtes estivales de la région provoquent parfois de violentes crues, qui inondent la plaine alentour et débordent sur le terrain du golf, inondant même un ancien bassin minier reconverti en étang de parcours.
- Entre 1991 et 1996, trois inondations vont briser les berges des rivières voisines.
- Des groupes de juvéniles requins-bouledogues menés par le courant se retrouvent alors emportés dans cet étang de 21 hectares, profond d’une quinzaine de mètres.
- Quand les eaux se retirent, les squales restent piégés, loin de tout accès direct à la mer.
Un début insolite pour une odyssée aquatique inattendue, où les golfeurs n’ont jamais vu d’aussi près les stars des océans…
Des squales qui s’adaptent et prospèrent : leçon de survie d’un prédateur primitif
Le requin-bouledogue, contrairement à ses cousins, possède un talent rare dans le règne des poissons : il vit aussi bien en eau douce qu’en eau salée. Cette faculté unique lui permet d’arpenter aussi bien les côtes tropicales et subtropicales du globe que les rivières. Les femelles privilégient d’ailleurs ces milieux moins salés pour donner naissance à leurs petits.
Sous leurs dehors de durs à cuire, ces requins préfèrent les eaux peu profondes et boueuses. Ils y font aussi preuve d’un sacré flair : une ouïe et un odorat développés, parfaits pour chasser et repérer une proie… ou une balle perdue. Certains individus peuvent même survivre pendant des mois à des centaines de kilomètres de la mer. Voilà qui aurait donné des sueurs froides à plus d’un pêcheur en eau douce !
Dans leur nouvel habitat du Carbrook Golf Club, ces juvéniles ont visiblement trouvé leur paradis. Non seulement ils échapperont à la concurrence des prédateurs marins, mais ils bénéficieront d’une abondance de nourriture, probablement amenée par d’autres inondations qui introduisent régulièrement de nouvelles espèces de poissons dans l’étang.
- Les requins, souvent visibles près du rivage, sont rapidement devenus la mascotte locale.
- Certains d’entre eux ont même atteint trois mètres de long.
- Le nombre exact de leurs congénères n’a jamais été officiellement établi, ni le détail de leur régime alimentaire.
Selon Michael Heithaus, biologiste spécialiste des requins à l’International University of Florida, « si les requins trouvent assez à manger, évoluer en eau à faible salinité devient très avantageux, car il y a moins de prédateurs ».
La disparition mystérieuse des stars du green aquatique
Mais, comme souvent dans la nature, les légendes connaissent une fin. Les requins du Carbrook Golf Club ont été observés pour la dernière fois en 2015. Plusieurs hypothèses tentent d’expliquer ce qui leur est arrivé :
- Une nouvelle inondation survenue en 2013 aurait pu ouvrir un passage vers les cours d’eau voisins, offrant à certains la voie de la liberté.
- Il est également possible que d’autres requins soient morts dans l’étang, comme en témoignent des carcasses retrouvées par l’équipe du golf lors de la présence des squales.
Aujourd’hui, l’étendue d’eau semble avoir perdu ses célèbres pensionnaires. Toutefois, leur histoire n’a rien perdu de sa puissance évocatrice pour les scientifiques comme pour les curieux de passage.
L’héritage d’une adaptation hors du commun
En définitive, l’histoire des requins du golf australien dépasse la simple anecdote. Elle souligne la capacité d’adaptation phénoménale de ces prédateurs ancestraux et leur fascinante tolérance à l’eau douce. Cette aventure a également permis aux scientifiques d’observer, en temps réel, l’ingéniosité de la nature… parfois, là où on l’attend le moins : derrière un bunker ou au creux d’un rough australien !
S’il vous prenait un jour l’envie de jouer au golf dans le Queensland, rappelez-vous qu’un étang, fût-il paisible, a parfois plus d’histoires à raconter qu’une mer agitée. Et si votre balle disparaît dans l’eau, ce n’est peut-être pas qu’une question d’adresse !













