Ce week-end de février 1984, la montagne n’a, pour une fois, pas souri à ses hôtes. Sur les routes menant aux stations de ski des Alpes, un chaos sans égal s’est abattu, transformant la traditionnelle migration hivernale en une aventure épique… souvent plus proche du film catastrophe que de la carte postale savoyarde.

De la « douce insouciance » à la « panique la plus noire »

Tout a basculé entre le 16 et le 20 février 1984. Alors que Le Figaro s’étrangle devant ce qu’il décrit comme une « pagaille monstre », le pays assiste, impuissant, à la paralysie des routes des montagnes. À l’origine, une grève des chauffeurs routiers, déclenchée non pas par une revendication centrale mais par un événement en apparence anodin : une grève du zèle chez les douaniers français et italiens du tunnel du Mont-Blanc. Résultat : file d’attente à la frontière, routiers exaspérés et… ça explose !

En cascade, les camions bloquent les tunnels du Mont-Blanc et de Fréjus, attaquent ensuite l’A6, mais aussi les nationales, les départementales, jusqu’à tout transformer en une gigantesque thrombose. Le week-end s’enlise, la circulation s’arrête, les vacanciers se retrouvent piégés dans leur rêve blanc — désormais bien morose.

Un chaos hors norme sur les routes et dans les vallées

Sur la route de Cluses, l’escalade est totale : un patron de transport incendie même l’un de ses propres camions, menaçant de réduire ses 60 autres véhicules en cendres. Côté SNCF, les trains sont hors-jeu : des routiers bloquent aussi les voies ferrées, isolant les stations de Savoie et Haute-Savoie. Fontainebleau, Mont-Blanc : tout est « pétrifié » selon Le Figaro.

  • Des automobilistes tentent de forcer les barrages, déclenchant des accidents mortels.
  • Des bagarres éclatent entre routiers « très nerveux » et vacanciers excédés.
  • Certains touristes, ayant perdu patience, attaquent à coups de pierre les chauffeurs de poids lourds.
  • Les forces de l’ordre, débordées, tentent tant bien que mal de jouer les médiateurs, pendant que les grues de l’armée s’avouent impuissantes à dégager les camions.

La situation est ubuesque, voire surréaliste : à moins dix degrés, entre Cluses et Chamonix, près d’une vingtaine de barrages forcent « des centaines de vacanciers » à abandonner leurs véhicules pour entreprendre, sac à dos et skis sur l’épaule, des treks parfois longs de quarante kilomètres vers leur station… Les idées les plus folles germent, certains rêvant d’« attaques à la dynamite », d’autres maudissant « des irresponsables qui se vengent sur les femmes et les enfants ».

Dans la tempête, des étincelles de fraternité

Et au milieu de la tempête, quelques rayons de chaleur humaine traversent le blizzard. Des fermiers débarquent, bras chargés de pain, camembert et vin, pour réchauffer les corps et les cœurs autour des braseros improvisés. Les dialogues s’improvisent entre grévistes et touristes, l’entraide se déploie :

  • Des médicaments sont parachutés jusque dans les stations isolées.
  • Des gymnases et écoles sont réquisitionnés pour héberger les naufragés des sports d’hiver.
  • Les boulangers « cuisinent en hâte des fournées supplémentaires » pour éviter la famine, au moins du côté des croissants !

Même les animaux ne sont pas oubliés : un millier de veaux, coincés dans les camions sillonnant l’Europe, sont sauvés par une association puis transportés jusqu’à l’abattoir de Chamonix, où ils sont nourris au biberon. Un sauvetage qui aurait presque sa place dans un conte de Noël… si ce n’était février.

Responsabilités, colère et hommage aux montagnards

Face à ce désastre, l’heure est à la recherche des coupables : routiers, douaniers, État… Le Figaro, relayant Alain Peyrefitte, fustige le gouvernement socialiste accusé de laisser faire les grèves et d’intervenir surtout contre les petits patrons indépendants soi-disant « de droite ». Ce même samedi, une manifestation en faveur de l’école libre rassemblait d’ailleurs 400 000 personnes à Rennes, preuve que la fièvre contestataire battait son plein sur tous les fronts.

Dans les montées de Pelissier, aux Houches, un témoin se souvient de l’accueil « avec chaleur et gentillesse » offert aux familles en détresse dans un dortoir municipal. Un hommage vibrant est rendu aux montagnards savoyards, dignes et fiers de leurs traditions, véritables héros de ces journées gelées. Comme quoi, même quand la montagne ne vous gagne pas, elle peut vous unir.

Au final, cette folie routière pose une question qui reste d’actualité : comment préparer sereinement ses vacances au pays du reblochon sans finir, à son tour, dans une « pagaille monstre » ? Un conseil : ne sous-estimez jamais la capacité de la Savoie à réserver des surprises… et gardez toujours une boite de camembert dans le coffre, « au cas où » !

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