Ah, le sport ! Cette fontaine de jouvence, de performances, de likes Insta… et parfois, de gros ennuis. Car s’il est un secret bien gardé dans la communauté des sportifs acharnés, c’est que la quête de performance peut finir par nous brûler les ailes, voire nous laisser sur le carreau. Les experts tirent la sonnette d’alarme : à trop vouloir en faire, on risque de s’autodétruire. Au sommaire, plongée dans la spirale du “jamais assez”, dérive de l’addiction sportive et piste(s) pour ne pas finir vidé… ni vidé de votre entourage !
Quand le sport devient une fuite… puis un piège
Comme beaucoup de coureurs, Adam Devine use de l’exercice pour faire baisser la pression. L’avocat, ancien buveur repenti, a substitué sa dépendance à l’alcool par un nouveau dada, plus socialement valorisé : la course à pied. Mais en 2020, l’année où le monde part en vrille (pandémie, divorce, et tutti quanti), Adam bascule dans l’excès : 8 000 kilomètres avalés, soit grosso modo un semi-marathon chaque jour. Loin de s’en enorgueillir, il confesse avoir troqué une addiction contre une autre.
“On s’habitue à souffrir”, lâche-t-il. La course lui servait à recréer ce malaise qu’il connaissait bien, cette capacité à s’imposer douleur et inconfort, mais, cette fois, avec le (faux) luxe d’être soi-même aux commandes. Réconfort ou illusion ?
Une admiration toxique pour la performance extrême
Dans l’univers du running, parler des ravages du trop-plein est tabou. Qui n’a jamais entendu :
- “Un marathon ? Facile, fais-en vingt-cinq !”
- “Même pas 160 bornes en 24 h, t’as couru pour rien !”
L’ultra-endurance, chez les pros comme les amateurs, devient la course folle vers toujours plus. No pain, no gain. Pas de jour sans. Aucune limite. Mourir plutôt qu’abandonner (le fameux DNF – Did Not Finish). Des slogans de pub, pas des maximes de vie, rappelle l’article : “Nous sommes humains, limités, et on peut franchement se faire du mal à trop vouloir tenter le diable.”
Et les chiffres parlent : accidents mortels lors d’ultratrails, arrêts cardiaques malgré tous les avertissements. Même sans se qualifier à ces épreuves extrêmes, voir ces exploits nourrit la surenchère, au risque d’y laisser sa santé.
Le mythe du sport-panacée enfin remis en question
Oui, l’exercice, c’est bon pour la santé. Les CDC et l’OMS vantent ses mérites : ça réduit le risque de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2, de certains cancers, ça booste la longévité et le mental. Mais le graal n’est pas l’excès. Aujourd’hui, la recherche relève que les athlètes d’ultra-endurance affichent un taux plus élevé de troubles psychiques que la population générale. La psychiatre Jill Colangelo, entre autres, alerte : surmenage et dépendance à l’exercice, souvent liés à des troubles alimentaires, sont passés sous silence depuis les années 2000.
Colangelo a passé au crible vingt-cinq études : anxiété, dépression, comportements alimentaires à la dérive ou troubles plus graves se retrouvent davantage chez ces forçats de la performance. Sa leçon : on n’échappe jamais à ses problèmes, et le sport à haute dose n’est pas l’ultime remède.
Reconnaître (et accepter) la limite : la vertu insoupçonnée
Mais pourquoi est-il si tentant d’aller (bien) trop loin ? Chez les anxieux, les perfectionnistes, l’idée que le “minimum” c’est pour les autres s’impose, même si ça coûte cher à la santé ou au moral. Sabrina Little, ultra-marathonienne et philosophe, s’étrangle devant le mythe du sans-limite, prôné jusque dans les pubs pour chaussures : “J’ai des scrupules théoriques à affirmer qu’il n’y a pas de limite.” La persévérance, oui, mais quand elle bousille tout le reste – travail, famille, relations –, ça devient un vice, plus une vertu.
Le plus ironique ? L’admiration sociale entretient la spirale. Articles élogieux, likes à la pelle, contrats et sponsoring… Mais à quel prix intime ? Il n’est pas rare que l’épuisement rattrape même ceux qui voient le danger. La quête du shoot psychologique ou du soulagement momentané, très bien décrite par l’auteur de l’article, pousse à faire des ultra-marathons moins par plaisir que pour s’autoriser, après, à « se lâcher », à « être normal »…
Adam Devine, aujourd’hui, court toujours – mais moins. Ce qu’il préfère désormais, ce sont les autres : « Je vois plus de bénéfices dans la dimension collective que dans ma propre perf’ ». Sa motivation, il la puise dans le fait de soutenir et transmettre à la communauté.
Et la vraie sagesse, au fond ? Peut-être d’accepter qu’on ne sache jamais vraiment où est la limite entre persévérance saine et excès autodestructeur. Comme Devine, ou la journaliste qui a dû faire une vraie pause, on ne s’en rend compte qu’après – mais quand on y arrive, c’est déjà une victoire.
Le vrai défi, finalement : ne plus courir après la douleur, mais trouver ce point d’équilibre si précieux, où le sport devient allié, pas tyran. Vous courez ? Faites-le pour le plaisir, pour vous… et à condition d’être aussi bienveillant avec vous-même qu’avec votre chrono !













