Les projecteurs du patinage français n’éclairent plus seulement la glace, mais révèlent aujourd’hui une face cachée bien plus sombre. Une vague de révélations sur des violences sexuelles, physiques et du harcèlement moral dans le milieu du patinage artistique a secoué le pays, poussant jusqu’à la ministre des Sports à exiger des comptes. Plongée dans une affaire aux témoignages glaçants et aux ramifications profondes.

Quand le silence se brise : des révélations choc du patinage et de la natation

Tout commence avec la publication d’une enquête de L’Equipe, qui a mis en lumière des faits remontant aux années 70 et 80, principalement dans le patinage artistique et la natation. Plusieurs anciennes athlètes, patineuses et nageuses, brisent le silence et racontent les agressions sexuelles et physiques subies de la part de membres de leur encadrement. Parmi elles, Hélène Godard, autrefois espoir du patinage français, livre un témoignage percutant : elle dénonce les actes de son entraîneur Gilles Beyer, affirmant avoir eu deux relations sexuelles avec lui alors qu’elle n’était âgée que de 14 et 15 ans.

La vie du patinage bascule encore un peu plus dans la stupeur avec l’ouvrage « Un si long silence » de Sarah Abitbol, dix fois championne de France. Cette ancienne championne, aujourd’hui âgée de 44 ans, accuse, elle aussi, Gilles Beyer de l’avoir violée à 15 ans. Cet ouvrage, rendu public vingt-quatre heures après le grand déballage de L’Equipe, offre un écho puissant à la parole trop longtemps tue des victimes.

Au cœur du tumulte : Gilles Beyer et la Fédération Française des Sports de Glace

Gilles Beyer ne ressort pas seul du lot des entraîneurs mis en cause, mais il concentre l’essentiel des accusations. Ancien champion de France (1978), il cumule ensuite des postes-clés : entraîneur national, directeur des équipes de France. À la suite d’une plainte en 2000, la justice s’en mêle, sans aboutir. Un rapport accablant de l’Inspection générale du ministère des Sports mène à sa révocation en mars 2001. Mais tel un patineur coriace refusant de quitter la piste, il revient par la petite porte : responsable des tournées de gala, puis membre du bureau exécutif de la FFSA de 2014 à 2018.

Alors que la plupart des faits sont couverts par la prescription, la justice n’a pas dit son dernier mot : le parquet de Paris annonce l’ouverture d’une enquête pour viols sur mineurs, pouvant porter sur des actes plus récents. Pris dans la tempête, Gilles Beyer finit par reconnaître « des relations intimes » et « inappropriées » avec Sarah Abitbol, allant jusqu’à présenter ses excuses publiques. Sa carrière s’arrête brutalement : le club des Français Volants de Paris, où il officiait en tant que manager général, met fin à ses fonctions.

Le sommet éclaboussé : Didier Gailhaguet sur la sellette

Didier Gailhaguet, président de la Fédération Française des Sports de Glace (FFSG), est au cœur des soupçons. Savait-il pour les agissements de Beyer ? Difficile d’imaginer le contraire, à en croire les nombreux témoignages. Gwendal Peizerat, autre grande figure de la glace, va jusqu’à évoquer « des pratiques mafieuses » et assure qu’« on était tous au courant du côté déviant de Gilles Beyer ».

Roxana Maracineanu, la ministre des Sports, s’empare de l’affaire. Elle convoque le président pour obtenir des explications, pointant un dysfonctionnement profond au sein de la FFSG et exigeant sa démission :

  • « Le nombre de faits et leur étalement dans le temps illustrent qu’au-delà des personnes citées un dysfonctionnement général existe dans la FFSG. »
  • « Le président ne peut se dédouaner de sa responsabilité morale et personnelle. »

Face à l’ouragan, Didier Gailhaguet tente une contre-attaque, renvoyant la balle au ministère et à l’ancienne ministre des Sports Marie-George Buffet, accusant leur « lâcheté » et leurs « nombreuses volte-faces ». Il reconnaît toutefois avoir « commis des erreurs » mais pas « des fautes », estimant que la « vague de choc » n’a pas seulement bouleversé les sports de glace, mais tout le sport français. Désormais dos au mur, il laisse planer le suspense sur une potentielle démission, tout en préparant une conférence de presse cruciale.

Conclusion : vers la fin du silence et le début du changement ?

Ce scandale, qui met à nu les failles du système du patinage français, n’est pas un simple dérapage d’un ou deux individus : il expose un malaise plus vaste, où l’omerta et les passe-droits ont longtemps prévalu. Aux victimes qui ont trouvé la force de parler enfin, il faut aujourd’hui répondre par des actes forts, une tolérance zéro et une vigilance sans faille. Que ce soit sur la glace ou dans les gradins, il est grand temps que chacun, dirigeants compris, assume ses responsabilités et place la sécurité des athlètes en haut du podium.

Vous aimerez aussi dans « Dernière minute »

Laisser un commentaire