Pourquoi le hockey, ce n’est décidément pas « comme le vélo » selon mon expérience
La mémoire du corps… jusqu’à un certain point
Ah, le fameux adage : « C’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas ! » Il suffit de remonter sur une bicyclette, après des années — voire des décennies — et tout revient : le corps se souvient, l’équilibre revient, on file comme avant. Oui, le vélo, c’est l’archétype même de la tâche mémorisée, de ces gestes qui ressurgissent de la mémoire musculaire et neuronale sans mode d’emploi.
Mais parlons du « retour au jeu » – et ici, précisons : on ne parle pas des petites parties dans les parcs de la ville, non. On parle de vrai hockey organisé, avec tout l’attirail, des arbitres, et ce quelque chose de solennel qui plane sur la glace. Pendant toute l’enfance puis l’adolescence de l’héritier — mon fils — j’ai chaussé les patins pour aller taper la rondelle avec lui, même lors de ces hivers où la glace se faisait de plus en plus rare et frileuse. Des matchs improvisés entre étrangers, des rires, des chutes, une complicité gelée mais vivace.
L’inévitable passage de flambeau
Au fil du temps, je me débrouillais. Mais soyons honnête : je sentais la pente. Un hiver, 2017 ou 2018 peut-être, on s’est retrouvé à jouer, père et fils, à essayer de se chiper le « puck ». Jusque-là, mon expérience et ma force — acquis grâce à des années sur la glace et la magie de la mémoire musculaire — faisaient la différence. Mais ce fameux hiver, sur une patinoire d’Outremont, le constat a mordu plus fort que le vent : c’était le dernier hiver où le père dominait le fils. Il était devenu plus vif, plus fort, plus habile. En quittant la glace, j’ai su qu’à partir de l’hiver suivant, ce serait lui qui allait « me bouffer ».
Ne confondons pas tout : je n’étais pas essoufflé comme à 33 ans, non. Je dirais même que je suis en meilleure forme physique aujourd’hui qu’il y a 20 ans. Le problème, ce n’est pas ça : c’est l’explosion musculaire, la coordination œil-main, la capacité du corps à obéir immédiatement à l’instinct et au cerveau. Ça, ça ne se conserve pas seulement avec le jogging du dimanche.
La ligue du samedi soir : là où le temps se venge
Avançons vite — trop vite — jusqu’aux matchs de la ligue de garage du samedi soir. Une brochette de quadragénaires voire quinquagénaires (dont votre humble serviteur), et, sans oublier la jeunesse, style mon fils, qui arrive avec sa fraîcheur insolente. Certains joueurs semblent tout prêts à s’inscrire sur la liste d’attente d’un gériatre.
On se prend à rêver du temps où on jouait partout, tout le temps : dans la rue, à l’aréna, au parc… De ces journées où l’on revenait chez soi les pieds gelés, avalait un dîner à la va-vite puis repartait sur la glace du parc Marc-Aurèle-Fortin, les orteils toujours aussi engourdis, pour recommencer à l’infini.
Aujourd’hui ? Imaginez jouer à un jeu vidéo où la manette répond avec un demi-million d’années-lumière de retard. On sait exactement quoi faire, mais entre l’ordre et le geste, il y a un gouffre. Le cerveau hurle, le corps chuchote — et dans l’intervalle, on se fait subtiliser la rondelle sans le voir venir…
- Un fils qui carbure aux Doritos, aux Fruit Loops et aux ailes de poulet, qui pense que « travailler son cardio » n’a de sens que sur un BIXI électrique.
- Un père qui, malgré l’expérience, s’étale de tout son long lors d’une tentative de pivot autrefois banale.
Mais qu’importe ! Il suffit parfois d’un ancien réflexe qui, par miracle, refait surface, ou d’un sourire ravi sur le visage de son fils, après qu’il ait mystifié un défenseur d’une feinte digne de la LNH : coup de patin, déviation savamment orchestrée, vitesse…
Vieillir, c’est voir la fluidité changer de camp
Il ne faut rien tenir pour acquis, surtout pas cette fluidité enfantine qu’est le slapshot décoché sans effort, grâce à une musculature flambant neuve, encore sous garantie du fabricant. Rien ne se perd, rien ne se crée, on le sent jusqu’à l’os : le neuf pousse sur le vieux, mais l’expérience, elle, laisse toujours son empreinte.
En conclusion, si le vélo ne s’oublie pas, le hockey, lui, vous rappelle à chaque glissade et à chaque duel perdu que tout s’use, que le beau rentre peu à peu dans le souvenir. Mais la tête, elle, n’est pas trop abîmée pour se lever tôt et écrire une chronique, même si la chatte grise au pied du lit passe inaperçue dans l’obscurité. À tous les pères et à tous les enfants : profitez de chaque match improvisé. Parce que le hockey n’est pas comme le vélo, mais la joie, elle, ne se perd pas.













