Qui a dit que les montagnes étaient réservées à ceux qui voient clair ? David Labarre, aventurier malvoyant de 32 ans, vient rappeler à tout le monde que le véritable sommet à conquérir, c’est soi-même. Récit d’une revanche sur la vie, inspirante – pour tous, vraiment tous.

Une balade pas comme les autres dans les Pyrénées

Par un mercredi matin, quand on joint David Labarre au téléphone, il déborde d’enthousiasme. Rien d’étonnant : la veille, il s’est offert 30 km en solo en moyenne montagne entre Aspet (Haute-Garonne) et Saint-Lary (Ariège). Chez lui, les Pyrénées sont un terrain de jeu – et d’expérimentation. Cette sortie ? Pour le plaisir, bien sûr, mais aussi pour tester un GPS en cours de mise au point. Preuve que, même malvoyant, rien n’empêche d’aller chercher le prochain sentier, avec ou sans mode d’emploi.

Une trajectoire hors normes : du cécifoot aux cimes

Si l’appel est d’abord l’occasion de parler montagne, c’est aussi pour évoquer la sortie de L’aventure à perte de vue, son livre coécrit avec le journaliste et écrivain Jean-Pierre Alaux (édition Elytis). On y découvre comment un adolescent, frappé d’une déficience visuelle irréversible, orphelin de mère et en échec scolaire, est devenu tour à tour vice-champion paralympique de cécifoot à Londres en 2012, conférencier, puis alpiniste. Rien que ça !

David confie avoir eu besoin de raconter tout ce qui lui est arrivé : « Si ça peut aider des gens, tant mieux. Mais, en premier lieu, il s’agit vraiment de partager mon expérience. Toutes les difficultés que j’ai connues, surtout le décès de ma mère en 2003, c’est ce qui me permet d’avancer aujourd’hui. Plus je monte, plus je me rapproche d’elle. »

Pour lui, la montagne, comme le foot, sont des terrains d’expression d’une volonté sans faille. Et son ouvrage s’adresse aussi bien aux passionnés de montagne qu’aux amateurs de ballon rond – aucun favoritisme !

Des obstacles… et des leçons pour tous

David Labarre n’a jamais aimé l’école : « J’avais 4 ou 5 ans. Lorsque je partais à l’école, je pleurais. J’étais un peu martyrisé. Nous ne sommes restés que six mois, car ma mère a vu que ce n’était plus possible. » La suite, c’est une succession de vies : une jeunesse bousculée, le sport de haut niveau comme bouée de sauvetage (« ça a été une planche de salut »), puis l’exploration des sommets. « Je crois qu’on a tous plusieurs vies », résume-t-il, toujours avec une humilité désarmante.

Son handicap ? Il le considère comme une part de lui-même – ni plus ni moins que la couleur de ses yeux. « Quelqu’un qui a les yeux bleus ne va pas vouloir changer pour avoir les yeux marron. Mon problème de vue fait partie de moi. Aujourd’hui, le handicap ne m’empêche pas de faire des trucs extraordinaires. »

Pourtant, il l’avoue, donner des conférences devant des chefs d’entreprise, après avoir arrêté l’école dès la 5e, a pu longtemps lui peser. Mais c’est le naturel, selon lui, qui plaît le plus. Cette authenticité est, sans doute, sa plus belle revanche.

Il insiste :

  • Transformer les expériences négatives en positif.
  • Ne pas refaire les mêmes erreurs.
  • Être conscient que tout peut changer du jour au lendemain.

Autant de leçons qu’il transmet, sans relâche, à sa fille de 11 ans, entrée en 6e : « Tous les enfants ne vont pas avoir la chance que j’ai eue, d’arrêter l’école très tôt et de pouvoir malgré tout trouver sa voie. Il faut de la volonté, mais aussi une grande part de chance et des rencontres. »

De nouveaux sommets à conquérir

David Labarre ne s’arrête jamais. Il avait promis quatre sommets, trois sont déjà gravis, et le Toubkal (4 167 m) au Maroc est au programme dès que possible (expédition repoussée à cause du coronavirus). Prochaines étapes prévues ?

  • La Haute route pyrénéenne (HRP), traversée par les lignes de crête, en juin.
  • L’Aconcagua, point culminant du continent américain, en 2020 ou 2021.
  • Et, plus tard, un 8 000 mètres au Népal : « Réussir cette ascension, c’est entrer dans la cour des grands. »

David ou la preuve que tout le monde est, un peu, « handicapé » à sa façon. Mais que l’on peut, tous, transformer ses plafonds en sommets, à condition d’oser gravir la première marche. Qui tente le prochain sommet ?

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