900 km, 50 000 mètres de dénivelé : comment Baptiste, 22 ans, a tout changé
Il y a ceux pour qui l’aventure c’est une balade dominicale en forêt, puis il y a Baptiste de Morais. À 22 ans, ce jeune Lailléen a décidé que les sentiers de randonnée les plus rudes de France devaient devenir son terrain de jeu. Résultat ? 900 kilomètres avalés à pied, 50 000 mètres de dénivelé positif et négatif franchis, et des souvenirs plein la tête, mais aussi sur les réseaux sociaux, où il partage les coulisses de son périple marathonien. Ouest-France est allé à sa rencontre au lendemain de son retour. Récit d’un voyage qui l’a transformé.
Une folie mûrement réfléchie
“Je suis un jeune aventurier”, confie Baptiste, non sans gêne, avant de préciser, “un amateur”. Pourtant, difficile de qualifier autrement celui qui a terminé, en toute autonomie, les trois randonnées les plus exigeantes du pays : le GR5 (550 km), le tour du Mont-Blanc (170 km) et le GR20 (180 km). Parti le 10 juin, Baptiste a enchaîné 33 jours de marche, avec seulement 4 petits jours de repos. Pas mal pour quelqu’un dont le truc, avoue-t-il, n’était pas vraiment les études. Depuis ses 22 ans, il travaille en intérim – le temps d’amasser assez d’argent pour financer ses projets sportifs. Dès que son compte vire au vert, il s’élance, que ce soit à pied, à vélo, en kayak ou en courant. “Peu importe”, plaisante-t-il, bras croisés et sourire en coin.
L’idée de cette folle trilogie lui est venue en novembre. Impossible de s’en débarrasser : “Au bout d’un moment, tu te dis, il faut y aller. C’était comme une évidence. J’ai d’abord vu le GR5, puis j’ai ajouté le tour du Mont Blanc, puis le GR20. Je ne sais pas pourquoi”, rit-il. Derrière l’humour, se cache neuf mois de préparation sérieuse :
- Itinéraire et refuges minutieusement planifiés
- Liste exhaustive de matériel, nourriture, équipement vidéo et survie
- Entraînement physique quotidien : renforcement musculaire, course à pied, vélo, natation, randonnées de 50 à 100 km le week-end
Et une nouveauté : la méditation. Visualiser, anticiper les émotions et s’imprégner du projet, 15 minutes par jour. “Ça a fait la différence”, assure Baptiste, qui, auparavant, “y allait la fleur au fusil”.
Difficultés, solitude et humanité sur les sentiers
37 jours d’itinérance, ce n’est pas qu’une grande bouffée de paysages sublimes… Après la fracture violente de la première semaine – quitter le cocon quotidien pour l’inconnu – une routine s’installe : “Pour certains, c’est métro, boulot, dodo. Là, c’est réchaud, rando, dodo.” Mais la traversée n’a pas été un long fleuve tranquille : sur le GR20, les soucis digestifs se sont invités à la fête, tout comme l’absence de contacts avec ses proches. “Mine de rien, 30 jours de montagne dans les jambes, ça laisse des séquelles. J’ai eu beau me dire ‘t’es capable, t’es tout neuf’, c’était un gros challenge.” Il s’était fixé huit jours pour un circuit que d’autres bouclent en 12 à 16 jours… Un défi corsé, surtout après une intoxication alimentaire qui l’a forcé à interrompre momentanément sa progression.
Le soutien parental n’a pas manqué dans cette tempête. Dans un colis de nourriture, un mot du père, griffonné sur un coin de papier, l’a porté jusqu’au bout : “Qui veut aller loin ménage sa monture.” Et internet n’a pas serve qu’à la géolocalisation. Si Baptiste était seul physiquement, l’aventure “est vachement humaine”. Sur le chemin, “tu discutes 15 minutes avec un autre randonneur, il te donne des infos sur la suite et tu lui rends la pareille. Les gens s’entraident.”
L’aventure, une thérapie et une ouverture au monde
Chaque jour, Baptiste partage sa progression auprès de ses 16 000 abonnés Instagram. Humour, authenticité, journal de bord filmé en 30 minutes, blotti dans sa tente. “Ça permet de marquer à jamais ce que tu viens de vivre.” Un an auparavant, c’est aussi grâce à Instagram qu’il a réalisé un rêve : marcher 1 000 km de Rennes à Lausanne en postant chaque jour pour attirer l’attention de Mike Horn, mission accomplie puisqu’il a pu rencontrer son idole.
Mais la randonnée, pour Baptiste, va bien au-delà de la performance sportive. “Ça m’a fait énormément de bien. J’ai eu le temps de repenser à plein de choses et de régler beaucoup de problèmes intérieurs.” Un jour, un randonneur lui demande : “Marchez-vous pour vous perdre ou vous retrouver ?” L’année dernière, il marchait pour se retrouver. Aujourd’hui, c’est pour se perdre et observer.
Pour l’instant, pas de nouveaux projets, sauf peut-être “barbecues, petits biscuits, des cookies”… Les prochaines semaines seront consacrées au montage d’un documentaire, fruit de 37 jours d’images à condenser en une heure. À terme, Baptiste rêve de vivre de sa passion, “parce que c’est un peu épuisant de faire la balance avec l’intérim”.
Et la peur de transformer le plaisir en métier ? “Quand tu acceptes les mésaventures, que tu ne sais pas où la journée te mène… c’est ça, l’aventure.” L’important “n’est pas de sortir de sa zone de confort, mais de ne pas y rester trop longtemps”. Ou comment ouvrir son esprit, grandir, et, pourquoi pas, inspirer d’autres à partir à la conquête de leur propre chemin – le tout, en croquant la vie à pleines jambes.













